La vaccination en officine s’impose comme un pilier majeur de la prévention en France.
Désormais pleinement intégrée à la stratégie nationale de santé publique, la vaccination en pharmacie dépasse largement le simple cadre de l’exécution d’une ordonnance médicale. Le pharmacien vaccinateur dispose aujourd’hui d’une véritable autonomie de prescription et d’administration des vaccins du calendrier vaccinal pour les patients de 11 ans et plus, tandis que le préparateur en pharmacie joue un rôle croissant dans la réalisation des actes, sous supervision.
Note : Cet article a été mis à jour le 09.01.2026
Le calendrier vaccinal 2025, mis à jour par la Haute Autorité de Santé (HAS), introduit plusieurs nouveautés majeures : nouvelles obligations pour les nourrissons, élargissement des schémas de rattrapage chez les adolescents et jeunes adultes, évolution des vaccins contre la grippe, le VRS, le pneumocoque ou encore les HPV. Ces évolutions réglementaires impliquent une maîtrise rigoureuse des recommandations, des contre-indications et des responsabilités professionnelles.
Ce guide complet de la vaccination en officine en 2025 fait le point sur les changements essentiels, les règles à respecter et les bonnes pratiques à adopter pour vacciner en toute sécurité, en conformité avec la réglementation, et valoriser pleinement votre rôle de pharmacien et le rôle de l’équipe officinale auprès des patients.

La vaccination en officine : où en est-on aujourd’hui ?
Un ancrage pérenne dans la stratégie de santé publique
Depuis les décrets fondateurs de 2023, la vaccination par le pharmacien est passée du statut d’expérimentation à celui de mission de santé publique de droit commun. L’officine est désormais le premier point de contact pour la mise à jour vaccinale de l’adolescent et de l’adulte. Cette mission, bien que facultative pour chaque professionnel, répond à un enjeu national majeur : augmenter la couverture vaccinale face à la recrudescence de certaines pathologies comme la coqueluche ou les infections invasives à méningocoques.
L’autonomie de prescription : une évolution majeure
Le pharmacien dispose aujourd’hui d’une autonomie réelle : il peut identifier un retard vaccinal lors d’un entretien de comptoir, prescrire le vaccin éligible et procéder à l’administration immédiatement. Cette compétence de prescription s’applique à tous les vaccins du calendrier dès 11 ans, à l’exception notable des vaccins vivants atténués chez les patients immunodéprimés. Pour la Covid-19, l’habilitation est encore plus large, permettant la prescription et l’administration dès l’âge de 5 ans, que les personnes soient ciblées ou non par les recommandations officielles.
Les nouveautés 2025 en matière de vaccination en officine
L’année 2025 est marquée par des changements structurels dans les recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS). Ces évolutions visent à simplifier les parcours de soins et à renforcer la protection des populations les plus vulnérables.
Infections invasives à méningocoques (IIM) : nouvelles obligations
Le calendrier vaccinal 2025 introduit une modification profonde de la stratégie contre les méningocoques afin de lutter contre la montée des sérogroupes W et Y.
Obligation vaccinale pour les nourrissons :
Depuis le 1er janvier 2025, les vaccinations contre les méningocoques ACWY (vaccin conjugué) et le méningocoque B sont devenues obligatoires pour tous les nourrissons.
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Pour le sérogroupe B : Le schéma classique avec le vaccin Bexsero comprend trois doses à 3, 5 et 12 mois.
- Pour les sérogroupes ACWY : Le schéma prévoit une dose à 6 mois (Nimenrix) et un rappel à 12 mois (Nimenrix ou Menquadfi).
L’extension du rattrapage chez les jeunes adultes :
Pour protéger les adolescents et les jeunes adultes, une dose de vaccin tétravalent ACWY est désormais recommandée et remboursée en rattrapage pour toutes les personnes jusqu’à l’âge de 24 ans révolus.
Proposition pour le sérogroupe B :
La vaccination contre le méningocoque B peut également être proposée aux jeunes âgés de 15 à 24 ans révolus.

Grippe saisonnière : la transition vers la trivalence
Une évolution technologique importante impacte la campagne de grippe 2025/2026. Suite aux recommandations de l’OMS et de l’EMA concernant le retrait mondial de la souche de la lignée B/Yamagata (qui ne circule plus), les vaccins quadrivalents laissent place aux vaccins trivalents.
Pour les patients seniors de 65 ans et plus, la HAS insiste sur l’utilisation préférentielle de vaccins induisant une réponse immunitaire renforcée pour pallier l’immunosénescence :
• Le vaccin haute dose (type Efluelda Trivalent).
• Le vaccin avec adjuvant (type Fluad Trivalent). Ces vaccins permettent une protection plus robuste chez le sujet âgé, bien que les vaccins à dose standard restent utilisables en cas d’indisponibilité.
Virus Respiratoire Syncytial (VRS) : protéger dès la naissance
La prévention des bronchiolites graves chez le nourrisson passe désormais par la vaccination maternelle.
• Recommandation chez la femme enceinte : La vaccination avec le vaccin Abrysvo est recommandée entre la 32e et la 36e semaine d’aménorrhée. Cette injection unique permet un transfert passif d’anticorps qui protégera le nouveau-né durant ses six premiers mois de vie.
• Point de vigilance : Un intervalle minimum de deux semaines doit être respecté entre l’administration du vaccin dTCaP (coqueluche) et celle du vaccin VRS.
• Seniors et VRS : Si la vaccination est recommandée pour les 75 ans et plus (et dès 65 ans avec comorbidités cardiaques ou respiratoires), il est important de noter qu’en 2025, ces vaccins ne bénéficient pas encore d’une prise en charge par l’Assurance Maladie pour cette tranche d’âge. Le patient doit être informé que le coût reste à sa charge.
Pneumocoque : une simplification majeure pour les adultes
La stratégie vaccinale contre le pneumocoque chez l’adulte a été considérablement simplifiée pour favoriser l’adhésion.
• Pour les 65 ans et plus : Toutes les personnes de cette tranche d’âge sont désormais éligibles à une dose unique de vaccin conjugué 20-valent (Prevenar 20) ou 21-valent (Capvaxive).
• Fin de la séquence complexe : Ce nouveau schéma remplace l’ancienne alternance VPC13/VPP23, simplifiant ainsi la gestion des rappels en officine.
Papillomavirus (HPV) : élargissement du rattrapage
Le combat contre les cancers liés aux HPV reste une priorité. Le rattrapage vaccinal avec le vaccin Gardasil 9 est désormais remboursé pour tous les jeunes, hommes et femmes, jusqu’à l’âge de 26 ans révolus. Le schéma pour ce rattrapage après 15 ans reste de trois doses (M0, M2, M6).
Covid-19 : une accessibilité renforcée
Le pharmacien joue un rôle central dans l’accès aux rappels. Il peut désormais prescrire et administrer le vaccin à toute personne de 5 ans et plus, qu’elle soit ciblée ou non par les recommandations saisonnières, respectant un délai de 6 mois après la dernière infection ou injection (délai réduit à 3 mois pour les plus de 80 ans et les immunodéprimés).
Rappels essentiels pour le pharmacien ou préparateur en pharmacie vaccinateur
Conditions pour vacciner en officine : qui fait quoi ?
La réglementation actuelle distingue clairement les compétences des différents membres de l’équipe officinale :
• Le pharmacien (titulaire ou adjoint) : Il dispose d’une pleine compétence pour prescrire et administrer les vaccins du calendrier vaccinal aux personnes de 11 ans et plus. Il peut également prescrire et administrer le vaccin contre la Covid-19 dès l’âge de 5 ans.
• Le préparateur en pharmacie : Il est habilité à administrer les vaccins, mais uniquement sous la supervision directe d’un pharmacien formé. Le préparateur n’a pas le droit de prescription.
• L’étudiant en pharmacie : Les étudiants de troisième cycle peuvent administrer les vaccins sous la supervision de leur maître de stage, à condition d’avoir validé les enseignements théoriques et pratiques correspondants.
Le parcours de formation obligatoire
Pour exercer la vaccination en pharmacie, le professionnel doit avoir suivi une formation spécifique dont les objectifs sont fixés par arrêté.
1. Module Formation « Prescription » (en 11h E-learning) : Ce volet théorique porte sur les caractéristiques des maladies à prévention vaccinale, la traçabilité et la conduite de l’entretien de prescription.
2. Module Formation « Administration » (en 7h présentiel) : Il comprend une partie pratique sur les modes d’injection (intramusculaire, sous-cutanée), la surveillance post-injection et la prise en charge de l’anaphylaxie.
Déclaration de l’activité
Chaque pharmacien souhaitant vacciner doit déclarer son activité auprès du Conseil de l’Ordre des pharmaciens dont il relève. Cette déclaration est unique et doit être accompagnée des attestations de formation. Pour le préparateur, l’attestation de formation doit être communiquée au pharmacien titulaire de l’officine.
Conditions matérielles et organisationnelles (Cahier des charges)
Le respect du cahier des charges technique est impératif pour garantir la sécurité du patient et la conformité de l’officine.
Local et confidentialité
L’officine doit disposer de locaux adaptés comprenant un espace de confidentialité dédié. Cet espace doit permettre de mener l’entretien préalable et de réaliser l’injection à l’abri du regard des tiers, sans accès direct aux stocks de médicaments. Il doit être équipé d’une table ou d’un bureau, ainsi que d’une chaise ou d’un fauteuil pour installer confortablement le patient.
Maîtrise de la chaîne du froid
La conservation des vaccins est un point critique de la sécurité sanitaire. L’officine doit être équipée d’une enceinte réfrigérée professionnelle spécifiquement réservée au stockage des produits thermosensibles. Un dispositif de monitorage et d’enregistrement de la température est obligatoire pour garantir la traçabilité de la chaîne du froid en cas de contrôle.
Hygiène et sécurité
Le matériel nécessaire à l’injection doit être disponible, ainsi qu’un point d’eau pour le lavage des mains (ou une solution hydro-alcoolique). Une trousse de première urgence contenant de l’adrénaline injectable doit être accessible immédiatement pour traiter une éventuelle réaction anaphylactique. Enfin, le pharmacien est responsable de l’élimination des déchets d’activités de soins à risques infectieux (DASRI) via une filière spécialisée.

Responsabilités et sécurité du patient : l’acte en pratique
Vérifications préalables et contre-indications
Avant toute administration, le vaccinateur doit mener un entretien pour vérifier l’éligibilité du patient.
• Vaccins vivants atténués : Le point de vigilance majeur concerne les vaccins vivants (ROR, Varicelle, BCG, Fièvre jaune, Dengue). Ils sont strictement contre-indiqués chez la femme enceinte et les personnes immunodéprimées.
• Anaphylaxie : Il est impératif de rechercher des antécédents d’allergie grave aux composants du vaccin ou des réactions sévères lors d’injections précédentes.
Traçabilité et transmission de l’information
La traçabilité est un maillon essentiel de la pharmacovigilance. Le professionnel doit :
1. Réaliser l’inscription de l’acte dans le carnet de santé, le carnet de vaccination ou le Dossier Médical Partagé (DMP) du patient.
2. Y mentionner ses nom et prénom d’exercice, la dénomination du vaccin, la date d’administration et le numéro de lot.
3. En l’absence de DMP, transmettre ces informations au médecin traitant par messagerie sécurisée de santé, sous réserve du consentement du patient.
Rémunération et facturation (Code RVA)
La tarification de l’acte est fixée par la convention nationale des pharmaciens. L’honoraire est facturé sous le code prestation « RVA ».
• 7,50 € TTC pour un vaccin ne nécessitant pas de prescription obligatoire.
• 9,60 € TTC pour un vaccin nécessitant une prescription (que le pharmacien soit le prescripteur ou qu’il exécute une ordonnance médicale).
Pourquoi se former régulièrement à la vaccination ?
L’année 2025 prouve que le cadre de la vaccination en officine est en perpétuelle mutation.
Se former régulièrement permet :
• La sécurisation de l’exercice : Éviter les erreurs de schémas vaccinaux (ex : ne pas confondre la dose unique de pneumocoque pour les seniors avec les schémas pédiatriques).
• L’adaptation aux nouveaux produits : Apprendre à manipuler et conseiller les nouveaux vaccins trivalents contre la grippe ou les vaccins contre le VRS.
• La valorisation du rôle de conseil : Savoir répondre avec objectivité et rigueur scientifique à l’hésitation vaccinale de certains patients.
En 2025, le pharmacien vaccinateur et le préparateur vaccinateur sont devenus des piliers de la prévention. Qu’il s’agisse des méningocoques ACYW et B, du rattrapage HPV élargi ou de la simplification de la protection contre le pneumocoque, l’expertise de l’équipe officinale est indispensable pour garantir une couverture vaccinale optimale. Rester formé et informé n’est plus seulement une exigence administrative, c’est l’assurance d’une pratique sereine au service de la santé de vos patients.
Sources utilisées dans le cadre de la rédaction de cet article :
-
AMELI, Vaccination par le pharmacien d’officine, 11/06/2025
-
Ordre National des Pharmaciens, Prescription et administration des vaccins à l’officine, 16/12/2024
Pour aller plus loin, nous vous conseillons nos articles suivants :
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