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Surpoids et obésité chez l’enfant et l’adolescent : le pharmacien, un acteur de prévention essentiel

Le surpoids et l’obésité de l’enfant et de l’adolescent constituent un enjeu majeur de santé publique. À l’officine, le pharmacien et le préparateur sont souvent en contact avec les parents, les enfants et les adolescents, parfois avant toute demande médicale spécifique. Sans se substituer au médecin, l’équipe officinale peut jouer un rôle déterminant : informer sans culpabiliser, repérer les situations à risque, accompagner les habitudes de vie, prévenir la stigmatisation et orienter vers le bon professionnel au bon moment.
Le surpoids enfant pharmacien est un sujet de plus en plus fréquent à l’officine. Grâce à sa proximité avec les familles, le pharmacien peut contribuer au repérage précoce, à la prévention et à l’orientation des enfants et adolescents concernés.

Une maladie chronique à repérer tôt, sans stigmatiser

Le surpoids et l’obésité ne relèvent pas d’un simple “manque de volonté”. Il s’agit de situations complexes, multifactorielles, liées à l’alimentation, à l’activité physique, au sommeil, à la sédentarité, à l’environnement familial, au contexte social, au vécu psychologique, parfois à une maladie ou à un traitement.

Chez l’enfant et l’adolescent, l’enjeu est d’autant plus sensible que le corps est en croissance, que l’image de soi se construit, et que les remarques sur le poids peuvent laisser des traces durables. Une mauvaise image corporelle peut favoriser l’isolement, le grignotage, le refus de certaines activités physiques ou la perte de confiance.

Le pharmacien doit donc adopter une posture de prévention : parler de santé, d’énergie, de sommeil, de rythme de vie et de bien-être plutôt que de “régime” ou de “poids à perdre”. L’objectif n’est pas de culpabiliser l’enfant ou ses parents, mais de les aider à comprendre qu’il est possible d’agir progressivement.

 

Comprendre l’objectif : ne pas faire maigrir à tout prix

Chez l’enfant en croissance, l’objectif n’est généralement pas une perte de poids rapide. Le plus souvent, il s’agit de ralentir la prise pondérale pendant que la croissance staturale se poursuit, afin d’infléchir progressivement la courbe de corpulence. Chez l’adolescent en fin de croissance, l’objectif peut être une stabilisation du poids, puis une diminution très progressive si nécessaire et toujours accompagnée.

Cette distinction est importante au comptoir. Elle évite de renforcer une logique de régime restrictif, souvent inefficace et délétère. Les régimes amaigrissants, les produits “minceur”, les solutions miracles ou les conseils inadaptés aux enfants doivent être écartés. Aucun médicament ni traitement chirurgical n’est indiqué dans la prise en charge habituelle du surpoids de l’enfant. Les situations d’obésité sévère relèvent d’un parcours médical spécialisé.

 

Le pharmacien : un acteur de proximité pour ouvrir le dialogue

L’officine est un lieu accessible, fréquenté sans rendez-vous. Les occasions d’aborder les habitudes de vie sont nombreuses : demande de vitamines, troubles digestifs, fatigue, douleurs articulaires, renouvellement d’un traitement, conseil pour le sport, arrêt du tabac chez un parent, demande de produit minceur par un adolescent, ou inquiétude d’une famille.

L’équipe officinale peut ouvrir le dialogue avec tact :

“Est-ce que vous souhaitez que l’on parle des habitudes de vie qui peuvent aider votre enfant au quotidien ?”

“Votre médecin suit-il sa courbe de croissance et sa courbe d’IMC dans le carnet de santé ?”

“L’objectif n’est pas de le mettre au régime, mais de voir ce qui peut être amélioré progressivement dans le rythme de vie.”

Ce type de formulation permet d’éviter la confrontation. Le pharmacien ne pose pas un diagnostic : il repère, informe, rassure et oriente.

 

Repérer sans diagnostiquer : la place de l’IMC et des courbes

Chez l’enfant et l’adolescent, l’indice de masse corporelle doit être interprété avec les courbes de corpulence adaptées à l’âge et au sexe. Un chiffre isolé ne suffit pas. Ce qui compte, c’est l’évolution de la courbe : ascension continue, changement rapide de couloir, rebond d’adiposité précoce, obésité précoce ou sévère.

Le carnet de santé reste un support central. L’équipe officinale peut encourager les parents à vérifier que le poids, la taille et l’IMC sont régulièrement reportés, notamment lors des consultations de suivi.

 

Encadré pratique — Signaux à faire réévaluer par le médecin

  • prise de poids rapide ou changement visible de corpulence ;
  • rebond d’adiposité précoce signalé dans le carnet de santé ;
  • essoufflement inhabituel, douleurs articulaires, fatigue importante ;
  • ronflements, sommeil de mauvaise qualité, somnolence ;
  • baisse d’estime de soi, isolement, moqueries ou harcèlement ;
  • grignotages compulsifs, perte de contrôle alimentaire, vomissements provoqués ;
  • contexte de handicap, traitement favorisant la prise de poids ou antécédents familiaux ;
  • obésité précoce, sévère ou associée à un comportement alimentaire inhabituel.

Dans ces situations, l’orientation vers le médecin traitant ou le pédiatre est prioritaire.

 

Les habitudes de vie : accompagner par petits objectifs

La prise en charge repose d’abord sur les habitudes de vie. Mais le conseil doit rester concret et réaliste. Une famille n’a pas toujours les mêmes ressources, le même temps, le même budget, le même logement ou les mêmes possibilités d’activité physique.

Plutôt que de donner une liste de règles, il est préférable de choisir un objectif simple, décidé avec la famille. Par exemple : remettre un petit-déjeuner si l’enfant part à l’école sans manger, remplacer les boissons sucrées par de l’eau la semaine, limiter les écrans dans la chambre, marcher dix minutes de plus par jour, remettre un repas familial sans écran, ou trouver une activité physique appréciée.

 

Encadré pratique — Questions utiles au comptoir

  • L’enfant prend-il un petit-déjeuner ?
  • Les repas sont-ils pris à table ou devant un écran ?
  • Y a-t-il des boissons sucrées à la maison ?
  • Combien de temps l’enfant passe-t-il assis devant les écrans ?
  • Dort-il suffisamment ?
  • Pratique-t-il une activité physique qu’il aime ?
  • Est-il moqué, isolé ou en difficulté à l’école ?
  • La famille a-t-elle déjà essayé de modifier certaines habitudes ?
  • Quel changement semble le plus facile à mettre en place cette semaine ?

Ces questions aident à partir du quotidien réel de l’enfant, sans jugement.

 

🎓 Approfondir l’accompagnement du surpoids de l’enfant à l’officine

Le repérage précoce, la prévention et l’accompagnement des familles nécessitent une approche adaptée et non stigmatisante. Pour renforcer leurs compétences sur cette thématique, les pharmaciens peuvent suivre une formation dédiée au surpoids et à l’obésité de l’enfant et de l’adolescent.

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Alimentation : sortir du discours restrictif

Le conseil alimentaire doit éviter les interdits brutaux. Chez l’enfant, il ne s’agit pas de supprimer des familles entières d’aliments, mais d’aider à retrouver un équilibre : fruits et légumes, féculents adaptés à l’appétit, produits laitiers, protéines, eau comme boisson de référence, limitation des boissons sucrées, des grignotages répétés et des produits très gras, très sucrés ou très salés.

Le pharmacien peut rappeler des repères simples : ne pas sauter les repas, éviter les portions imposées trop importantes, ne pas utiliser l’alimentation comme récompense ou consolation, préserver le plaisir de manger, impliquer l’enfant dans les choix et la préparation lorsque c’est possible.

Il peut aussi mettre à disposition des supports fiables, notamment les outils de prévention nutritionnelle, plutôt que laisser les familles chercher seules sur Internet où circulent de nombreux conseils inadaptés.

 

Activité physique et sédentarité : bouger sans punir

L’activité physique ne doit pas être présentée comme une punition destinée à “brûler des calories”. Elle doit être associée au jeu, au plaisir, à la confiance en soi et à la socialisation. Chez l’enfant et l’adolescent, l’objectif est de réduire progressivement la sédentarité et d’augmenter les mouvements quotidiens.

Marcher, aller à l’école à pied quand c’est possible, prendre les escaliers, jouer dehors, danser, faire du vélo, nager, promener le chien, reprendre une activité sportive adaptée : tout compte. Le plus important est de trouver une activité compatible avec les goûts, les capacités, les contraintes familiales et le regard des autres.

Pour un adolescent en difficulté avec son image corporelle, l’activité physique en groupe peut être vécue comme une épreuve. Le pharmacien doit alors encourager une reprise progressive, non exposante, et orienter vers des professionnels formés si nécessaire, notamment l’activité physique adaptée.

 

Sommeil, écrans et rythme familial : des leviers souvent sous-estimés

La prévention du surpoids ne se limite pas à l’assiette. Le sommeil et les rythmes de vie jouent un rôle important. Le manque de sommeil, les couchers tardifs, les écrans dans la chambre, les repas déstructurés ou l’absence de temps calme peuvent favoriser la fatigue, la sédentarité, les grignotages et les difficultés de régulation alimentaire.

Au comptoir, une question simple peut ouvrir une discussion utile : “À quelle heure votre enfant se couche-t-il les jours d’école ?” ou “Y a-t-il un écran dans la chambre ?” L’objectif n’est pas de culpabiliser les parents, mais d’identifier un levier d’amélioration accessible.

 

Produits minceur, compléments, médicaments : protéger l’enfant et l’adolescent

L’officine peut être sollicitée pour des produits “brûle-graisses”, drainants, coupe-faim, gummies minceur, compléments ou tisanes. Chez l’enfant et l’adolescent, ces demandes doivent alerter. Elles peuvent traduire une souffrance liée au corps, une pression sociale, une mauvaise information ou une entrée dans des conduites alimentaires à risque.

La réponse doit être claire : les produits à visée amaigrissante ne constituent pas une prise en charge adaptée du surpoids de l’enfant. Ils exposent au risque de mésusage, de déception, de perte de confiance, voire de troubles du comportement alimentaire.

Il faut également rester vigilant face à certains médicaments pouvant favoriser une prise de poids : corticoïdes, certains psychotropes, antiépileptiques, antidiabétiques ou antihistaminiques sédatifs, selon les situations. L’objectif n’est pas d’inquiéter, mais d’informer et, si la prise de poids est importante ou rapide, d’encourager un échange avec le médecin.

 

Prévenir la stigmatisation : une compétence officinale à part entière

La stigmatisation aggrave la souffrance et peut éloigner les familles du soin. Les mots utilisés comptent. Dire “votre enfant est trop gros” ou “il faut qu’il fasse des efforts” peut fermer le dialogue. Il est préférable de parler d’évolution de la courbe, de santé, de bien-être, de souffle, de sommeil, d’énergie ou d’habitudes de vie.

 

Encadré pratique — Formulations à privilégier

  • “On peut agir progressivement, sans régime strict.”
  • “Le but est d’aider votre enfant à se sentir mieux et à grandir en bonne santé.”
  • “La courbe permet de suivre l’évolution, ce n’est pas un jugement.”
  • “Choisissons un premier changement réaliste pour votre famille.”
  • “Votre médecin pourra vous aider à organiser un accompagnement adapté.”

Le pharmacien doit aussi encourager les parents à valoriser l’enfant sur ses qualités, ses talents et ses progrès, et à éviter les remarques négatives sur le poids ou l’apparence.

 

Orientation et parcours de soins : savoir passer le relais

Le médecin traitant ou le pédiatre reste le premier recours pour confirmer le diagnostic, suivre la courbe, évaluer les complications éventuelles et coordonner le parcours. Selon la situation, d’autres professionnels peuvent intervenir : diététicien, infirmier, psychologue, enseignant en activité physique adaptée, pédopsychiatre, structure spécialisée ou centre spécialisé de l’obésité.

Le rôle de l’officine est de contribuer à éviter les ruptures : rappeler l’importance du suivi, encourager les familles découragées, repérer les difficultés sociales ou psychologiques, et orienter lorsque la situation devient complexe.

Le programme “Mission : retrouve ton cap”, destiné aux enfants de 3 à 12 ans en surpoids ou à risque de le devenir, peut également être mentionné aux familles, en les invitant à en parler au médecin de l’enfant.

Face à l’augmentation du surpoids et de l’obésité pédiatriques, le pharmacien occupe une place croissante dans le parcours de prévention et d’orientation des familles.

👉 Se former au repérage et à l’accompagnement du surpoids de l’enfant en officine

 

À retenir au comptoir

Encadré pratique — 6 réflexes pour l’équipe officinale

  • Ne jamais réduire l’enfant à son poids : parler de santé, de bien-être et d’habitudes de vie.
  • Encourager le suivi de la courbe d’IMC dans le carnet de santé.
  • Refuser les solutions minceur inadaptées chez l’enfant et l’adolescent.
  • Proposer un petit objectif réaliste plutôt qu’un programme trop ambitieux.
  • Repérer les signes de souffrance psychologique, de harcèlement ou de trouble alimentaire.
  • Orienter vers le médecin traitant, le pédiatre ou un parcours coordonné lorsque nécessaire.

FAQ

Quel est le rôle du pharmacien dans le surpoids de l’enfant ?

Le pharmacien peut informer les familles, repérer les situations à risque, encourager le suivi de la courbe d’IMC, conseiller sur les habitudes de vie, prévenir les produits minceur inadaptés et orienter vers le médecin traitant ou le pédiatre.

Faut-il faire perdre du poids à un enfant en surpoids ?

Pas nécessairement. Chez l’enfant en croissance, l’objectif est souvent de stabiliser le poids pendant que la taille augmente, afin d’infléchir progressivement la courbe de corpulence. La perte de poids rapide n’est pas un objectif prioritaire sauf situation médicale particulière.

Les produits minceur sont-ils adaptés aux adolescents ?

Non. Les produits minceur, coupe-faim ou brûle-graisses ne sont pas une réponse adaptée au surpoids de l’enfant ou de l’adolescent. Ils peuvent favoriser le mésusage, les régimes restrictifs et les troubles du comportement alimentaire.

Quand orienter un enfant ou adolescent vers le médecin ?

Il faut orienter en cas de prise de poids rapide, obésité sévère, fatigue importante, douleurs, essoufflement, troubles du sommeil, souffrance psychologique, harcèlement, troubles alimentaires, traitement favorisant la prise de poids ou inquiétude des parents.

Comment parler du poids sans stigmatiser ?

Il est préférable de parler de santé, de courbe de croissance, d’énergie, de sommeil, de bien-être et d’habitudes de vie. Les remarques négatives sur l’apparence ou le poids sont à éviter, car elles peuvent fragiliser l’estime de soi.

 

Se former pour mieux accompagner les familles

Le surpoids et l’obésité de l’enfant et de l’adolescent nécessitent une prise en charge précoce, progressive et pluridisciplinaire. Le pharmacien joue un rôle essentiel dans le repérage, la prévention, l’accompagnement des habitudes de vie et l’orientation vers les professionnels adaptés. La formation Pôle Formation Santé « Surpoids et obésité des enfants et des adolescents : repérage, prévention et prise en charge à l’officine » permet aux pharmaciens et aux équipes officinales d’approfondir leurs connaissances, de renforcer leur posture éducative et d’accompagner les familles avec des conseils adaptés et non stigmatisants.

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Bibliographie

  1. Haute Autorité de santé. Guide du parcours de soins : surpoids et obésité de l’enfant et de l’adolescent(e) – Synthèse. Validée en février 2022, mise à jour février 2023.
  2. Assurance maladie. Agir contre le surpoids et l’obésité de l’enfant et de l’adolescent(e). Ameli.fr, 2026.
  3. Ordre national des pharmaciens. Enfants et adolescents en surpoids ou obèses : un guide du parcours de soins. 2022.
  4. Ordre national des pharmaciens. Surpoids et obésité chez l’enfant et l’adulte : quel parcours de soins ? 2024.
  5. Poutier A, Ung C, Delhumeau S, Hamidi Y. Le rôle du pharmacien dans la prévention de l’obésité. Actualités pharmaceutiques. 2017;566:25-29.

Blanchet F. Rôle du pharmacien dans la prévention de l’obésité et l’accompagnement des patients. Bulletin de l’Académie nationale de médecine. 2015;199(8-9):1291-1302.

 

Autres sources

AMELI : « Mission : retrouve ton cap », un dispositif pour prévenir le surpoids et l’obésité infantile

HAS : Guide du parcours de soins : surpoids et obésité chez l’enfant et l’adolescent(e)

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