Les plaies cutanées font partie des motifs les plus fréquents de demande de conseils à l’officine. Coupures, dermabrasions et morsures nécessitent une évaluation rigoureuse, des gestes appropriés et une orientation adaptée.
L’équipe officinale occupe un rôle central pour assurer une prise en charge sécurisée, d’autant que plus de 2,5 millions de Français sont concernés par une plaie chaque année, un chiffre en augmentation avec le vieillissement, le diabète et les pathologies chroniques.
Cet article propose un guide complet, destiné à toute l’équipe officinale, pour savoir quand intervenir, comment agir, et quand orienter vers un médecin.
Identifier le type de plaie : une étape essentielle en officine
Une bonne prise en charge commence par une évaluation rapide mais précise. L’objectif : déterminer la gravité, anticiper les complications et proposer les produits les plus adaptés.
Les coupures : évaluer la profondeur et les risques
Une coupure est une lésion de la peau due à un objet tranchant. Elle peut être :
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Superficielle : bords rapprochés, peu douloureuse, faible risque de complication.
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Profonde : bords écartés, saignement important, risque d’atteinte nerveuse, tendineuse ou vasculaire.
Critères à observer en officine : localisation, profondeur, saignement, propreté, mécanisme, présence de corps étrangers.
Il est important de demander au patient comment s’est produite la plaie, avec quel objet, depuis combien de temps, et s’il existe des antécédents médicaux qui peuvent compliquer la cicatrisation.
Les dermabrasions : des plaies superficielles mais sensibles
Les dermabrasions correspondent à la perte de l’épiderme et du derme superficiel. Elles sont :
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rouges
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suintantes
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douloureuses
Elles cicatrisent en 10 à 15 jours grâce à l’usage de pansements adaptés, notamment les pansements gras et les pansements hydrocellulaires. L’enjeu principal est d’éviter qu’elles ne se surinfectent, car la barrière cutanée est très altérée.
Les morsures : des plaies à haut risque infectieux
Les morsures humaines ou animales exposent à :
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un fort risque bactérien
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un risque viral (rage, hépatites)
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des plaies lacérées ou irrégulières
Elles nécessitent une évaluation immédiate, un lavage abondant pendant au moins 5 minutes, et une orientation médicale rapide, quelle que soit la profondeur.
Quand l’équipe officinale peut-elle intervenir ?
L’officine peut prendre en charge :
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les coupures superficielles propres
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les dermabrasions non étendues
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certaines morsures légères uniquement pour les gestes d’urgence avant orientation
Situations compatibles avec un soin à la pharmacie
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Plaie superficielle, propre, non contuse
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Saignement faible ou modéré, contrôlable
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Absence de perte de substance
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Patient en bonne santé générale
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Mécanisme simple (objet propre, coupure domestique)
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Pas de suspicion de corps étranger
L’équipe officinale peut alors proposer des gestes immédiats, mais aussi un parcours de soins, des conseils de cicatrisation et le matériel nécessaire.
Patients à risque nécessitant une vigilance accrue
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diabétiques
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immunodéprimés
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personnes âgées
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patients sous anticoagulants
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patients sous corticothérapie prolongée
Chez ces patients, toute plaie doit être prise au sérieux, même minime. Le pharmacien doit rappeler l’importance du suivi et de la surveillance quotidienne pour éviter l’infection ou la chronicisation.
Red flags plaies : quand orienter systématiquement vers un médecin ?
Critères d’orientation dans les 6 heures
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Plaie profonde nécessitant une suture
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Bords écartés ou irréguliers
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Saignement persistant >10–15 minutes malgré compression
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Corps étrangers visibles (verre, gravillons…)
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Plaie du visage, des mains ou proche d’une articulation
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Sensation de fourmillement, engourdissement, perte de sensibilité
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Coupure causée par un objet potentiellement souillé
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Couverture vaccinale antitétanique inconnue
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Plaie par morsure chez un enfant
La rapidité de l’orientation conditionne souvent le pronostic fonctionnel (tendons, nerfs, mobilité).
Quelles sont les urgences absolues concernant les plaies ?
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Hémorragie incontrôlable
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Signes d’état de choc : pâleur, confusion, respiration rapide, soif intense
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Morsure grave, profonde ou avec avulsion
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Patient sous anticoagulants avec saignement abondant
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Plaie électrique ou thermique étendue
Dans ces situations, l’appel au 15 doit être immédiat.
Comment intervenir en officine ? Les bonnes pratiques
L’officine devient un lieu d’éducation thérapeutique essentiel pour accompagner le patient vers une cicatrisation optimale.
Nettoyage de la plaie : une étape clé
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Laver la plaie à l’eau tiède et au savon doux
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Ne jamais utiliser de coton (risque de fibres)
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Retirer délicatement les petites particules
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Éviter l’alcool, l’éosine et l’eau oxygénée sauf recommandation spécifique
Le nettoyage permet de réduire la charge bactérienne et conditionne la qualité de l’antisepsie.
Antisepsie : un choix éclairé
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Chlorhexidine (référence pour la majorité des situations)
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Povidone iodée (avec contre-indications : grossesse, troubles thyroïdiens)
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Ne jamais mélanger deux antiseptiques (risques d’interactions et inefficacité)
Le pharmacien explique aussi les risques d’allergies, rares mais possibles, et la conduite à tenir en cas de réaction cutanée.
Pansement et protection de la plaie
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Strips pour rapprocher les bords d’une coupure superficielle
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Pansements stériles à changer quotidiennement
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Pansements gras recommandés pour les dermabrasions
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Hydrocellulaires pour les plaies légèrement suintantes
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Hydrocolloïdes pour accompagner la cicatrisation dans les jours suivants
Le choix du pansement dépend du stade de cicatrisation et du niveau d’exsudat. Un mauvais choix peut retarder la guérison.
Gestion de la douleur
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Antalgiques niveau I : paracétamol
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Antalgique niveau II : sur avis médical selon l’état du patient
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Application de froid si hématome associé
Informer le patient sur la posologie, les contre-indications et la durée du traitement reste essentiel.
Prévention infectieuse
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Vérification du vaccin antitétanique
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Évaluation du risque rabique en cas de morsure
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Orientation médicale systématique si doute
Le pharmacien joue un rôle majeur dans la prévention : rappel de vaccination, conseils d’hygiène, signes à surveiller.
Suivre l’évolution de la plaie : rôle pédagogique de l’équipe officinale
Expliquer au patient quand consulter
Signes d’infection à surveiller :
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rougeur qui s’étend
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douleur croissante
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gonflement
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écoulement purulent
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fièvre
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mauvaise odeur
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chaleur locale marquée
Un patient bien informé détectera plus rapidement une complication et consultera à temps.
Informer sur la cicatrisation
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Phase hémostatique : 24–48 h
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Phase proliférative : 2–3 mois
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Remodelage : jusqu’à 24 mois
Rappeler l’importance de la protection solaire pendant 12 mois, indispensable pour éviter les cicatrices pigmentées.
Pourquoi se former à la prise en charge des plaies en officine ?
La gestion des plaies demande :
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des connaissances actualisées
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un savoir-faire technique
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un discernement clinique
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une maîtrise des dispositifs médicaux
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une capacité à orienter correctement
Face à la diversité des situations et des dispositifs médicaux disponibles, une formation dédiée permet à l’équipe officinale de :
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sécuriser la prise en charge des patients
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gagner en autonomie
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valoriser son expertise
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renforcer la qualité du service officinal
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développer une communication claire et pédagogique
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conseiller efficacement les pansements avancés
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participer activement à la prévention des complications
Une équipe formée est plus à l’aise pour expliquer, rassurer et accompagner les patients dans leur parcours de cicatrisation.
Chez Pôle Formation Santé, nous vous proposons des formations soins des plaies en 7h finançables FIF-PL ou OPCO EP :
– en présentiel
– en Classe Virtuelle
Vous retrouverez toutes ces formations et les formations liées dans la thématique » Maintien à domicile » sur notre site
Conclusion : un rôle structurant pour l’équipe officinale
La prise en charge des plaies en officine repose sur trois piliers : évaluer, soigner, orienter.
Grâce à une formation adaptée, chaque membre de l’équipe peut développer des compétences solides pour améliorer l’accompagnement des patients, prévenir les complications et optimiser la qualité des soins délivrés.
L’officine devient alors un acteur pleinement engagé dans la prise en charge des plaies du quotidien, mais aussi dans la prévention, l’éducation thérapeutique et la sécurité du patient.
Sources utilisées pour la réalisation de cet article :
Coupures, morsures et dermabrasions
Actualités pharmaceutiques • Supplément préparateur au n° 644 • 1er trimestre 2025
Les plaies cutanées — Alexis DESMOULIÈRE – Professeur des universités Faculté de pharmacie Limoges
Actualités pharmaceutiques • Supplément préparateur au n° 644 • 1er trimestre 2025 •