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Bon usage du médicament

comment renforcer le conseil et sécuriser le parcours de soins ?

Le bon usage du médicament se définit par l’utilisation du bon médicament, à la bonne dose, pour une durée adaptée et par un patient qui le tolère correctement. Derrière cette définition d'apparence simple se cache un enjeu de santé publique majeur : la lutte contre la iatrogénie médicamenteuse. Ce terme désigne l’ensemble des conséquences négatives ou indésirables sur l’état de santé provoquées par la prise d’un médicament, que celui-ci soit correctement utilisé ou non.

Le pharmacien et le préparateur, derniers remparts contre l’iatrogénie médicamenteuse

Un constat épidémiologique alarmant

Chaque année en France, le mauvais usage des médicaments est responsable de plus de 10 000 décès — soit trois fois plus que les accidents de la route — et de 130 000 hospitalisations dont la durée moyenne avoisine les dix jours. Le coût pour le système de santé est considérable, mais l’aspect le plus frappant reste que 45 % à 70 % de ces accidents seraient évitables par une meilleure prévention et un suivi renforcé.

Les causes de ce mésusage sont multiples et souvent imbriquées : mauvais dosage, non-respect des horaires de prise, interactions médicamenteuses non détectées (notamment en cas de polymédication) ou encore une automédication non encadrée. Face à ce défi, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a rappelé dès 2000 que « résoudre le problème de la non-observance thérapeutique serait plus efficace que l’avènement de n’importe quel progrès médical ».

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L’équipe officinale au cœur de la sécurité sanitaire

Dans ce contexte, le pharmacien et le préparateur en pharmacie occupent une position stratégique. Avec près de 4 millions de personnes franchissant chaque jour la porte d’une officine, ces professionnels sont les acteurs de santé de premier recours les plus accessibles. Ils agissent comme le dernier rempart contre le mésusage avant l’administration effective du traitement par le patient à son domicile.

Le rôle du préparateur en pharmacie est, à ce titre, essentiel. En secondant le pharmacien dans la délivrance et le conseil, il assure la conformité technique et la traçabilité des produits de santé. Son action est au cœur de la sécurité du patient : il explique les posologies, prévient les erreurs de prise et joue un rôle pédagogique crucial auprès des publics vulnérables, comme les personnes âgées ou les patients atteints de maladies chroniques.

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Une profession en pleine mutation clinique

Le métier de pharmacien a vu ses missions considérablement s’élargir ces dernières années. Autrefois principalement dédié à la préparation et à la dispensation, il est aujourd’hui reconnu comme un acteur majeur de la coordination des soins et de la prévention. La crise de la Covid-19 et l’accentuation des déserts médicaux ont accéléré cette transition, confiant à l’officine de nouvelles responsabilités :

  • La vaccination et la réalisation de tests de dépistage (TROD)

  • Le suivi renforcé via les entretiens pharmaceutiques et les bilans partagés de médication

  • La prescription protocolisée dans le cadre d’un exercice coordonné

Cette évolution exige de passer d’une simple transmission d’informations (données brutes) à une véritable compétence de communication clinique (échange respectueux centré sur le patient). Renforcer le conseil au quotidien n’est plus une option, mais une nécessité pour garantir l’adhésion thérapeutique et sécuriser le parcours de soins.

Le défi de la iatrogénie en France : un constat alarmant imposant le renforcement du conseil

La lutte contre la iatrogénie médicamenteuse n’est pas seulement un impératif éthique, c’est une priorité de santé publique majeure inscrite dans les stratégies nationales depuis la loi du 9 août 2004. Si le médicament est un allié précieux pour soulager et guérir, il devient, en cas de mésusage, un risque silencieux aux conséquences dramatiques pour la population et le système de soins.

Définition du bon usage : les piliers de la sécurité

Pour renforcer le conseil, il est nécessaire de s’accorder sur une définition rigoureuse. Le bon usage du médicament se définit par l’utilisation pour un patient donné :

  • Du bon médicament dans la bonne indication (situation autorisée et prescrite)

  • À la bonne dose et via la bonne voie d’administration (orale, cutanée, injectable, etc.)

  • À la bonne fréquence de prise et pour une durée adaptée

  • Avec un suivi clinique et biologique approprié si nécessaire

À l’inverse, la iatrogénie médicamenteuse correspond aux conséquences négatives ou indésirables sur l’état de santé, que le médicament soit bien utilisé ou non (comme dans le cas des allergies ou des effets secondaires inévitables). Le mésusage, quant à lui, survient dès qu’un traitement est pris en dehors des recommandations de son Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) ou des sociétés savantes, entraînant une perte de chance pour le patient.

Les mécanismes du mésusage : identifier pour mieux conseiller

Le renforcement du conseil au comptoir repose sur la détection des causes fréquentes de mésusage, qui sont souvent multiples et cumulatives :

  • Les erreurs de dosage : Le patient ne prend pas la dose exacte (par exemple, prendre cinq gouttes au lieu des trois prescrites)

  • La mauvaise administration : Le non-respect des horaires de prise peut modifier l’intensité des effets secondaires ou l’efficacité thérapeutique (par exemple, prendre le soir un médicament devant être pris le matin)

  • La non-observance : De nombreux patients modifient, suspendent ou interrompent leur traitement prématurément, souvent parce que la prescription a été mal comprise ou que le patient juge lui-même de l’utilité du traitement en fonction de ses symptômes

  • La polymédication et les interactions : La multiplication des traitements augmente exponentiellement les risques d’incompatibilité et le cumul des effets secondaires

  • L’automédication non encadrée : La prise de médicaments sans conseil professionnel pour traiter des maux quotidiens (douleurs, transit) peut interférer gravement avec des traitements chroniques en cours

  • Face à ce constat, l’objectif national porté par la stratégie « Ma Santé 2022 » est clair : améliorer la pertinence des prescriptions et lutter contre la iatrogénie, notamment chez les personnes âgées, en replaçant l’intérêt du patient au premier plan

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Identifier les situations à risque : causes de mésusage et populations vulnérables

Si le cadre théorique du bon usage est clairement défini, sa mise en œuvre au comptoir exige de l’équipe officinale une aptitude à détecter des signaux souvent faibles. Prévenir l’accident médicamenteux suppose de savoir identifier non seulement les profils de patients fragiles, mais aussi les contextes de soins propices aux ruptures de sécurité.

Contextes de soins à haut risque : les points de rupture

Le risque de mésusage n’est pas uniquement lié au patient, il est souvent le produit d’une chaîne de soins fragmentée :

  • La transition hôpital-ville : C’est une phase critique où surviennent des erreurs ou des divergences dans plus d’un cas sur deux. L’arrêt ou la modification d’un traitement chronique lors d’une hospitalisation peut entraîner une confusion lors du retour à domicile si la coordination est insuffisante

  • La multiplicité des prescripteurs : De nombreux patients, notamment chroniques, consultent plusieurs spécialistes. Sans une vision globale, des redondances thérapeutiques ou des interactions entre prescriptions de sources différentes peuvent passer inaperçues

  • L’interaction alimentation-médicament : Souvent ignoré par le patient, l’impact de certains aliments est réel. Par exemple, la consommation de pamplemousse, de chou ou de millepertuis peut modifier significativement l’efficacité ou la toxicité de certains traitements (statines, anticoagulants)

Le sujet âgé : un équilibre physiologique et cognitif fragile

Les seniors sont au cœur de la problématique du bon usage. Ils représentent environ 40 % de la consommation de médicaments en ville. Leur vulnérabilité repose sur trois piliers :

  • La polymédication systémique : Un tiers des plus de 75 ans consomment au moins cinq médicaments par jour, ce qui rend le risque d’utilisation inappropriée quasi-systématique (estimé à 53,5 % dans cette population)

  • L’altération des fonctions métaboliques : Le vieillissement entraîne une modification des paramètres biologiques, notamment une insuffisance rénale ou hépatique, qui ralentit l’élimination des principes actifs et augmente le risque de surdosage

  • Les signaux d’alerte banals : Au comptoir, l’équipe doit être capable de « démasquer » la iatrogénie derrière des symptômes perçus comme liés à l’âge. Une fatigue excessive, des vertiges, des troubles de l’équilibre ou des pertes de mémoire sont souvent les premiers signes d’un accident médicamenteux

Femmes enceintes et pédiatrie : des risques spécifiques

Au-delà de la gériatrie, d’autres publics exigent un conseil spécialisé pour garantir la sécurité sanitaire :

  • La grossesse et l’allaitement : Le risque tératogène (malformations) ou fœtotoxique impose une vérification rigoureuse de chaque délivrance, y compris en automédication. L’équipe officinale doit sensibiliser ces patientes à ne jamais réutiliser d’anciens traitements sans avis professionnel

  • La pédiatrie : Les erreurs de dosage et les modalités d’administration (poids de l’enfant, formes galéniques) constituent les principaux leviers de mésusage dans cette population

Le défi de la littératie et de l’illectronisme

Un enjeu éthique majeur pour le pharmacien est de garantir que l’information soit accessible à tous. La littératie en santé désigne la capacité d’un patient à comprendre et utiliser les informations médicales. Plusieurs obstacles majeurs favorisent le mésusage :

  • Barrières linguistiques et cognitives : Les patients allophones, illettrés ou souffrant de déficiences sensorielles ne peuvent pas exploiter les notices classiques

  • L’exclusion numérique (illectronisme) : La dématérialisation croissante (e-notices, applications de suivi) peut devenir un facteur de discrimination et de risque pour les patients les moins familiarisés avec ces outils

Face à ces situations, le pharmacien et le préparateur doivent adapter leur langage en privilégiant des supports visuels (images, pictogrammes) et la co-construction d’outils concrets comme le plan de prise.

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La communication clinique : une compétence pour optimiser l’adhésion thérapeutique

Dans l’exercice officinal moderne, savoir « communiquer » est devenu une compétence indispensable, au même titre que la maîtrise des connaissances pharmacologiques. Cette compétence relationnelle est d’autant plus cruciale que le pharmacien et le préparateur se voient confier de nouvelles missions cliniques où l’implication du patient est le moteur de la réussite du traitement.

Distinguer l’information de la communication

Pour renforcer le conseil, il est nécessaire de comprendre qu’informer n’est pas communiquer.

  • L’action d’informer se limite à une transmission unilatérale de données (posologie, précautions d’emploi) qui peut parfois « abandonner le patient à sa solitude » face à la maladie

  • L’action de communiquer, au contraire, suppose un partage entre parties prenantes, dans un échange respectueux du « dire » et du « recevoir »

  • L’enjeu éthique est ici de passer d’une posture d’expert vertical à un partenariat entre deux experts : le professionnel, expert du produit de santé, et le patient, expert de sa propre vie et de ses contraintes quotidiennes

Adopter une posture éducative et empathique

L’adhésion thérapeutique — définie comme le niveau d’adéquation entre le comportement du patient et les recommandations sur lesquelles il s’est entendu avec le professionnel — exige une attitude empathique. L’écoute active et empathique est un prérequis pour que le patient ose aborder des aspects personnels ou des craintes qui pourraient interférer avec son traitement.

Le positionnement de l’équipe officinale évolue ainsi vers une posture éducative où les compétences pédagogiques priment pour favoriser l’apprentissage et l’autonomie de l’usager. Pour y parvenir, il est recommandé d’utiliser des techniques de communication structurées afin de naviguer entre la bienfaisance du soignant et l’autonomie du patient.

L’entretien motivationnel : un levier de changement

L’entretien motivationnel (EM) est un style de conversation collaboratif conçu pour renforcer la motivation propre d’une personne et son engagement vers un changement de comportement. Cet outil est particulièrement efficace pour résoudre l’ambivalence du patient face à son traitement (par exemple : le désir de guérir opposé à la peur des effets indésirables).

L’esprit de l’EM repose sur quatre piliers fondamentaux :

  • Le partenariat : Une collaboration active qui évite la posture du sachant face à un patient passif

  • Le non-jugement : L’acceptation inconditionnelle de ce qu’apporte le patient, le respect de son autonomie et la valorisation de ses efforts

  • L’évocation : Aider le patient à puiser dans ses propres ressources pour évoluer

  • L’altruisme : Agir prioritairement dans l’intérêt et le bien-être de l’autre

Les outils pratiques au comptoir : OuVER et DFD

Pour structurer le dialogue au quotidien, l’équipe pharmaceutique peut s’appuyer sur le modèle OuVER :

  • O (Questions Ouvertes) : Inviter le patient à s’exprimer (ex : « Quelles sont vos craintes vis-à-vis de ce médicament ? »)

  • V (Valoriser) : Soutenir les capacités du patient pour renforcer son engagement

  • E (Écoute reflective) : Reformuler les propos du patient pour l’aider à approfondir sa propre réflexion

  • R (Résumer) : Faire des synthèses régulières pour valider la compréhension mutuelle

Enfin, pour délivrer un conseil sans être intrusif, le protocole « Demander-Fournir-Demander » (DFD) est préconisé : demander ce que le patient sait, solliciter son accord pour apporter une information, puis vérifier l’écho produit par cette information chez lui. L’utilisation d’outils co-construits, comme le plan de prise complété conjointement avec le patient, vient concrétiser cet échange et sécuriser l’utilisation du médicament au domicile.

Nouvelles missions et outils numériques : sécuriser le parcours de soins au quotidien

L’évolution législative, portée par la stratégie « Ma Santé 2022 » et le Ségur de la santé, a profondément transformé le métier de pharmacien, le positionnant comme un acteur de premier recours indispensable pour assurer la pertinence des soins et la sécurité sanitaire. Cette mutation s’appuie sur une digitalisation accrue et le déploiement de missions cliniques rémunérées, offrant de nouveaux leviers pour lutter contre le mésusage et promouvoir la santé globale.

Les outils numériques : des alliés pour la détection précoce du risque

La révolution digitale permet d’améliorer la précision des processus et de réduire significativement les erreurs de dispensation. Plusieurs dispositifs sont désormais au cœur de la sécurisation du parcours :

  • Le Dossier Pharmaceutique (DP) : Il offre une vue globale sur les médicaments dispensés au cours des quatre derniers mois, y compris dans d’autres officines ou à l’hôpital, permettant de détecter des interactions ou des redondances

  • Le Dossier Médical Partagé (DMP) : Intégré à « Mon Espace Santé », il facilite le partage des données cliniques et des résultats biologiques entre médecins et pharmaciens pour adapter les posologies

  • L’outil Act-IP : Développé par la SFPC, il permet de documenter, tracer et valoriser les interventions pharmaceutiques (IP) auprès du prescripteur, renforçant la coordination interprofessionnelle

  • L’Intelligence Artificielle (IA) : De nouvelles solutions d’aide à la décision proposent des informations fiables et immédiates pour diminuer le risque de mésusage

De l’accompagnement thérapeutique au bilan de prévention

L’exercice officinal s’oriente désormais vers un suivi personnalisé qui dépasse la simple délivrance du produit de santé.

  • Suivi des patients chroniques : Le Bilan Partagé de Médication (BPM) pour les seniors et les entretiens spécifiques (anticoagulants, asthme, chimiothérapies orales, opioïdes) visent à renforcer l’adhésion thérapeutique et le bon usage

  • Les Bilans de Prévention : Depuis 2024, le pharmacien réalise des rendez-vous dédiés au repérage des risques (âges clés de la vie). Ces échanges aboutissent à la rédaction d’un Plan Personnalisé de Prévention (PPP), impliquant le patient dans la gestion proactive de sa santé

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Dépistage et dispensation protocolisée : une réactivité accrue

Le pharmacien dispose de compétences élargies pour orienter le patient dans le système de soins et limiter le recours inapproprié aux urgences ou aux antibiotiques.

  • Les TROD (Angine et Cystite) : Le pharmacien réalise des tests rapides d’orientation diagnostique et peut, en cas de résultat positif, délivrer certains antibiotiques sans ordonnance selon des protocoles stricts

  • La vaccination : Les pharmaciens peuvent désormais prescrire et administrer l’ensemble des vaccins du calendrier vaccinal aux personnes de 11 ans et plus

  • Dépistage organisé : La remise des kits de dépistage du cancer colorectal participe activement aux stratégies nationales de prévention

Le rôle pivot du préparateur en pharmacie : entre expertise technique et pédagogie de proximité

Bien que son métier soit parfois moins connu du grand public, le préparateur en pharmacie est un acteur indispensable de la chaîne de soins et du bon usage des médicaments. En secondant le pharmacien dans la délivrance et le conseil, il agit au quotidien comme un garant de la sécurité médicamenteuse, veillant à ce que chaque patient reçoive le bon traitement à la dose prescrite.

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Un collaborateur essentiel à la dispensation sécurisée

Le préparateur en pharmacie assure des missions variées exigeant rigueur et polyvalence :

  • La délivrance et le conseil : Au comptoir, il analyse l’ordonnance, explique les posologies, prévient les erreurs de prise et oriente les patients vers les produits de santé adaptés

  • La conformité et la traçabilité : Il est responsable de la conformité technique des produits délivrés et de leur traçabilité, une étape clé pour prévenir les risques d’accidents médicamenteux

  • La gestion des stocks et des vigilances : Il participe activement à la gestion rigoureuse des produits de santé, incluant le contrôle des dates de péremption et la gestion des matières premières pour les préparations

À l’hôpital, son rôle s’étend à la reconstitution des chimiothérapies, à la préparation des doses à administrer et à la gestion des produits stériles, en collaboration étroite avec les équipes soignantes.

Une extension récente des compétences cliniques

Le métier de préparateur connaît une mutation majeure vers plus de responsabilités cliniques, notamment pour répondre aux enjeux de santé publique actuels : Depuis le 6 décembre 2024, les préparateurs en pharmacie sont autorisés à administrer les vaccins du calendrier vaccinal aux personnes de 11 ans et plus. Cette mission s’effectue sous la supervision d’un pharmacien formé et nécessite une formation spécifique (initiale ou continue) couvrant les gestes d’injection et la surveillance post-vaccinale. Il est toutefois important de noter que le préparateur ne peut pas prescrire de vaccins.

Un rempart pédagogique pour les populations vulnérables

Le préparateur occupe une place de choix pour accompagner les publics fragiles, tels que les personnes âgées, les enfants ou les malades chroniques. Par son écoute et sa proximité, il est souvent le premier à détecter des signaux d’alerte iatrogène (fatigue, vertiges, troubles digestifs) ou des difficultés de compréhension des traitements.

Son expertise pédagogique est cruciale pour expliquer les effets secondaires et les interactions médicamenteuses potentielles, contribuant ainsi à désengorger les établissements de santé par un suivi de proximité efficace. Soumis au secret professionnel, il exerce ses missions avec un grand sens des responsabilités, sous la responsabilité et le contrôle technique du pharmacien.

Conclusion : Éthique, coordination et qualité, les piliers de l’officine de demain

La transformation des missions du pharmacien et du préparateur s’inscrit dans une volonté durable de sécuriser le parcours de soins et de placer l’intérêt du patient au premier plan. Au-delà des outils techniques et des actes cliniques, la réussite du bon usage repose sur un engagement éthique fort et une coopération étroite entre tous les acteurs de santé.

Un engagement éthique face à l’infodémie

Dans une société marquée par une utilisation accrue des réseaux sociaux, le patient est souvent confronté à un « déluge d’informations » et à des croyances parfois erronées, ce que l’OMS qualifie d’infodémie. Le pharmacien d’officine a le devoir déontologique d’être le garant de la fiabilité et du sérieux scientifique des messages de santé. Pour assurer la sécurité sanitaire, il doit :

  • Privilégier des supports de communication validés institutionnellement

  • Exercer ses missions de conseil et de prescription en toute indépendance, notamment vis-à-vis des laboratoires pharmaceutiques

  • Adopter une posture de bienveillance et de non-jugement pour maintenir un dialogue de confiance, même en cas de conflit de valeurs avec l’usager

La coordination interprofessionnelle comme moteur de sécurité

Le bon usage du médicament n’est pas l’affaire d’un seul acteur, mais le fruit d’une chaîne de soins coordonnée. La lutte contre la iatrogénie exige un décloisonnement entre la ville et l’hôpital, particulièrement lors des phases critiques de transition. Le développement des Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS) et des Maisons de Santé Pluriprofessionnelles (MSP) permet désormais de structurer cet échange. L’utilisation systématique d’outils partagés comme le Dossier Médical Partagé (DMP) et la messagerie sécurisée de santé (MSSanté) est indispensable pour que chaque professionnel dispose des informations nécessaires à l’adaptation des traitements.

La démarche qualité : une spirale d’amélioration continue

Pour transformer ces enjeux en réalité quotidienne, l’officine doit s’engager dans une démarche qualité (DQO) structurée. Cette approche repose sur :

  • L’auto-évaluation régulière des pratiques pour identifier les points de rupture potentiels dans la dispensation

  • La traçabilité systématique des interventions pharmaceutiques (via des outils comme Act-IP), permettant de valoriser l’expertise de l’équipe et d’analyser les risques récurrents

  • La formation continue, tant sur le fond scientifique que sur la forme de la communication clinique (entretien motivationnel, éducation thérapeutique)

En conclusion, si le médicament reste une chance pour les patients, son bon usage est un défi permanent qui exige du binôme pharmacien-préparateur une vigilance de chaque instant. En devenant un acteur majeur de la prévention et de la coordination, l’équipe officinale s’affirme plus que jamais comme le pilier de proximité de notre système de santé.

 

Sources :

  • Académie nationale de Pharmacie. (2023). La communication du pharmacien vers les usagers en santé : quels enjeux éthiques ? Rapport validé le 21 juin 2023

  • Ordre national des pharmaciens (Conseil central de la section A). (2024-2025). Guide pratique de l’activité officinale : Missions, télésanté, activités spécialisées et rôle environnemental. Versions d’août 2024 et janvier 2025

  • ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament). (2023). Dossier thématique – Bon usage du médicament

  • Ministère de la Santé (DGOS). (2015). Note d’information DGOS/PF2 N°2015/65 relative aux résultats de l’enquête nationale sur le déploiement de la conciliation médicamenteuse

  • Ageps. (2023). Prescriptions chez le sujet âgé et risque iatrogène : bonnes pratiques et recommandations

Travaux académiques et recherche scientifique

  • Papus, M. (2021). Entretien motivationnel dans l’adhésion médicamenteuse chez les patients atteints d’une maladie chronique : revue systématique de la littérature et élaboration d’un protocole de recherche qualitative en gériatrie. Thèse de doctorat en pharmacie, Université Claude Bernard Lyon 1

Collectifs et Associations de santé

  • Collectif bon usage du médicament. Mobilisation pour promouvoir le « Bon usage » du médicament : les 10 préconisations du Collectif

  • Association pour le Bon Usage du Médicament (ABUM). Le bon usage du médicament, un enjeu de santé publique majeur

Ouvrages de référence et formation

  • Péron-Vieu, P., & Zhao, T. (2024). Ordonnances – Tome 1 : Analyses de pathologies courantes à l’officine. 2ème édition, Collection Pro Officina, Éditions du Moniteur des Pharmacies

Sources d’information générale et assureurs

  • Ministère de la Santé, de la Famille, de l’Autonomie et des Personnes handicapées. Le bon usage des médicaments (Portail santé.gouv.fr)

  • Démarche Qualité à l’Officine (DQO). Référentiel et outils d’auto-évaluation

 

 

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